Y étiez-vous ?
Bien sûr, vous y étiez. L'an dernier, à la mi-août, vous avez sorti vos nefs parées de leurs plus belles voiles, prêtes à parader pour le meilleur, à briller de tout le talent de leur skipper et de leur équipage.
Comment, vous n'y étiez pas ? Auriez-vous laissé votre navire s'alanguir le long du ponton, ses amarres s'user sur les chaumards, sa carène nourrir les berniques ? Quelles qu'aient été vos bonnes raisons, vous avez eu tort, comme tous les absents. Vous n'avez pas de bateau ? Mais maint propriétaire est toujours en quête d'équipiers courageux et dévoués. Paresse, timidité, fausse excuse : s'abstenir était une erreur que vous regrettez aujourd'hui.
Vous avez manqué quelque chose. Parlez-en à vos camarades de clubs. Interrogez vos voisins de mouillage. Ils vous diront les bonheurs qu'ils ont vécus, l'irremplaçable tension des départs, lorsque s'égrènent les minutes, qu'il faut de haute lutte conquérir la bonne place sur la ligne, l'angoisse de s'y trouver trop tôt ; ou trop tard. Ils vous raconteront la joie de mener leur yacht, de régler au mieux la voilure, de rattraper un adversaire, de raser au plus près une marque de parcours. Ils riront de la bonne option, de la veine de vent, du contre-courant heureusement négocié qui leur ont permis de grappiller quelques places. Ils feindront d'oublier la malchance d'un spi en coquetier, la maladresse d'un virement cafouilleux, ou un bâbord amures malencontreux.
Ils ne cacheront rien des moment de franche rigolade dûment arrosés aux escales, à Port Mer, à Saint-Cast, à Saint-Malo, des agapes devant une ventrée de moules, des discussions passionnées lorsqu'on revit la régate et les tactiques, que les mains inclinées simulent les bords. Ils se souviendront de la généreuse distribution des prix, où chacun récoltait son dû et parfois un peu plus.
Alors, vous venez ? Vous n'allez pas à nouveau manquer la grande fête de la voile. Quel que soit votre navire : il y en a pour tous les goûts, toutes les chapelles, toutes les obédiences, tous les âges, toutes les jauges, toutes les séries.
Venez. Les parcours sont passionnants dans ce décor grandiose aux riches subtilités de vents et de courants. Venez combattre les anglais, nos ennemis de toujours, dans des combats désormais pacifiques. Venez : les gréements traditionnels, ketchs, goélettes, trois-mâts, formeront un arrière-plan prestigieux dans le sillage des bâtiments corsaires et des terre-neuvas qui firent la gloire de Saint-Malo et de Cancale, et que perpétuent pour l'avenir l'ardeur des marins d'aujourd'hui.
Cette année, n'ayez pas tort. Venez !
Jean-Michel Barrault
De l'Académie de marine
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